Inspiration + + L'inspiration, Parasite infidèle mais recherchée, Aime à sucer la plume des amateurs de rimes, Mais lorsque les rimes s'alourdissent, se rabougrissent, Peinent à trouver le chemin du papier, Et que la bête s'est assez rassasiée, Elle décolle alors ses lèvres pâteuses pour trouver une autre mine plus profitable. + Longtemps attendue, épiée, se laissant difficilement apprivoiser, La sangsue aux dents longues et crochues Attend son heure, patiemment, et laisse sa proie Sombrer peu à peu dans la hâte, Si propice à son art, Et lorsque le gibier s'est vidé de toute raison, C'est alors le moment de tisser sa toile... +

Inspiration + + L'inspiration,   Parasite infidèle mais recherchée,  Aime à sucer la plume des amateurs de rimes,  Mais lorsque les rimes s'alourdissent, se rabougrissent,  Peinent à trouver le chemin du papier,  Et que la bête s'est assez rassasiée,  Elle décolle alors ses lèvres pâteuses pour trouver une autre mine plus profitable.  + Longtemps attendue, épiée, se laissant difficilement apprivoiser,  La sangsue aux dents longues et crochues  Attend son heure, patiemment, et laisse sa proie  Sombrer peu à peu dans la hâte,  Si propice à son art,  Et lorsque le gibier s'est vidé de toute raison,  C'est alors le moment de tisser sa toile...  +
__ Artiste photographe ( . )
Quand je dis artiste, je pèse mes mots !






BlackandWhiteSunset _
« Empêche la poussière de se reposer sur des mots de cristal ... »





# Posté le vendredi 15 février 2008 10:26

Modifié le mercredi 06 mai 2009 14:11

Photographe ( . )

Il pleut. Je n'ai pas de parapluie et l'eau coule sur mon visage. C'est le premier jour de notre semaine théâtre. Je n'ai pas envie de passer la semaine au sein de cette troupe. Je n'ai ma place nulle part. Je rigole, j'échange quelques sourires, quelques mots parfois, mais cela ne va jamais plus loin. Ils s'amusent, ils rient et je me sens bête au milieu d'eux. Pourtant lorsque j'arrive devant les portes closes, j'embrasse tout le monde avec un grand sourire. Oui, je suis aussi impatiente que toi que ça commence. Oui, je suis heureuse d'être là. Non, je n'ai pas encore le trac. Mince, j'ai oublié un costume. Oui, j'ai pensé à tes lunettes pour la dernière scène. On ouvre la salle. Je me fond dans l'euphorie générale. Je vais bien. Ou du moins, j'en ai l'air. Chacun court à la recherche d'une belle place dans les loges. Je les suis bêtement avec une esquisse de sourire sur les lèvres.
Le comédien et la chorégraphe qui dirigent le spectacle sont enfin là. On est tous assis sur la scène et on les écoute. Aujourd'hui, c'est le filage. Derniers réglages, derniers changements, la pression commence à monter. On encaisse les critiques sans broncher, on essaie de s'améliorer, on est à fond. Je suis à fond. J'aime mon rôle. Je n'ai que quelques phrases, mais je les dis avec les trippes. Dans quelques instants, c'est à nous. La pièce des autres est sur le point de se terminer. Je me concentre et je fais le vide dans ma tête. Noir. On entre lentement en scène. La lumière nous aveugle. On avance sur la scène, on pose le texte, on joue, on n'est plus nous mêmes, on devient nos personnages. C'est presque terminé. Je suis allongée par terre et j'ai des frissons. La musique s'arrête. Noir. On sort de scène en courant pour laisser la place aux autres. Première répétition, je me sens complètement vidée.
Une fois changée, mais pas tout à fait remise de mes émotions, une fille me demande : « Tu peux aller voir dans les loges si tu trouves mon costume ? Tu vois lequel c'est ? La longue veste noire. » Bien sûr. Elle me répond que c'est adorable et je me dirige vers les escaliers qui montent aux loges. Je suis encore dans un état second après avoir joué ma scène. Je pousse les portes des loges, recherchant mécaniquement son costume que je ne trouve pas. Dans l'avant dernière loge, sa veste est posée sur une chaise. Je m'en empare et je me dirige vers la porte quand dans le miroir, je le vois. Un garçon qui a la tête entre les mains, comme si elle allait exploser. Je me retourne et je demande simplement : « Tu vas bien ? » Il relève la tête et me regarde. C'est la première fois qu'on me regarde avec autant d'intensité. Ses yeux bruns, presque noirs se plongent dans les miens. Un frisson me parcourt lentement. Il doit avoir mon âge, mais pas plus. Ses cheveux sont tout ébouriffés, ce qui lui donne l'air gentil. Habillé en costar cravate, il ne s'est pas changé depuis sa scène. Je le regarde sans pouvoir définir ce que je ressens. Il dit simplement : « Referme la porte. » Je ne sais pas si je dois rester à l'intérieur de la loge ou sortir. J'ai envie de rester, de m'assoir à côté de lui et de poser ma main sur son épaule, mais je ne le fais pas et je finis par le laisser seul.

# Posté le mardi 05 mai 2009 13:41

Modifié le lundi 31 août 2009 05:41

Photographe ( . )

Le soleil pointe timidement le bout de son nez. Le jour se lève sur les côtes de la Manche. Yann & Emmanuelle viennent de vivre la plus belle de leurs nuits. La veille, ils se sont promenés sur la plage en se tenant la main, il y avait un peu de vent. Yann a posé sa veste sur les épaules de la jeune femme et l'a serrée contre elle. Ils se sont assis dans le sable pour admirer le coucher du soleil. Puis ils se sont allongés et ont parlé de tout et de rien, de leur amour naissant ... Et pour la première fois ce soir là, leurs corps se sont mêlés tendrement. Ils se sont assoupis et ce sont les rayons du soleil qui viennent les réveiller, tout en douceur.
Emmanuelle se redresse, elle a l'oeil pétillant et se sent mieux qu'elle ne l'a jamais été. Son amoureux dort encore. Elle le réveille en lui caressant tendrement la joue. Il ouvre avec difficulté ses paupières qu'il sent beaucoup trop lourdes et, les yeux brillants, sourit à celle qu'il aime. Elle lui dit « Bonjour » d'une voix chantante, il lui répond « Bonjour mon amour » mais aucun son ne s'échappe de sa bouche. Yann est pris d'un violente toux qui lui déchire la poitrine. Emmanuelle pose une main qui se veut apaisante sur son torse nu, mais ne parvient qu'à déclencher un nouvel accès de toux. Elle reboutonne alors délicatement la chemise de son amoureux puis l'aide à se relever. Emmanuelle pose sa main froide sur le front brûlant de Yann. Elle lui demande de rentrer chez lui, il faut qu'il se repose pour qu'ils puissent profiter de ces vacances, leurs vacances. Il pose alors doucement son doigt sur la bouche d'Emmanuelle et prend sa main. Il ne veut rien gâcher de cette journée, même s'il est malade comme jamais il ne l'est d'ordinaire.
A chaque pas et chaque bourrasque de vent, il réprime une nouvelle quinte de toux pour ne pas alarmer encore plus sa Manue. Elle le regarde à la dérobée et voit bien que son amoureux est mal en point, elle voudrait qu'il aille se reposer, qu'il se soigne et qu'il soit sur pieds dans quelques jours, mais au fond, elle trouve son attitude charmante et se laisse entraîner par Yann. Ils passent la journée dans cette petite ville bretonne que Yann connait par coeur. Ils courent sous la pluie, main dans la main, s'embrassent fougueusement à chaque coin de rue. Ils entrent dans une petite boutique que Yann connait bien. Manue ferme les yeux alors que son amoureux lui attache quelque chose autour du cou : un Triskel en argent. Ils ressortent, plus complices que jamais.
Il n'y a personne dans les rues, ils sont seuls au monde. Seuls et amoureux. Yann se déchire la poitrine à chaque bourrasque de vent, mais fait comme si de rien n'était. Manue le supplie alors de rentrer chez lui et il finit par céder, à contre coeur. Il la serre très fort contre lui alors qu'ils sont ruisselants de pluie, sous ce porche. Il la regarde comme personne ne l'avait regardée jusqu'alors. Les yeux de Yann ne brillaient pas que de fièvre. Plusieurs minutes s'écoulent avant qu'ils ne décollent leurs deux corps. Yann plante une dernière fois son regard dans celui de Manue. Mais comment aurait-elle pu deviner que c'était la dernière fois que ces yeux brillants la regardaient ?

# Posté le lundi 31 août 2009 05:34

Modifié le lundi 31 août 2009 17:14